MAX ERNST
Max Ernst étudie la philosophie et l’histoire de l’art à l’universit� de Bonn de 1909 à 1912. Aprés sa mobilisation durant la
Première Guerre mondiale, il crée avec Arp et Baargeld une section Dada à Cologne. Inspirés par la peinture de De
Chirico diffusée par la revue Valori Plastici, ses premiers collages composés en 1919 jouent sur la multiplicité des sens, l’ambiguité et la contradiction,
pour échapper à toute logique. Ces travaux sont présentés à Paris en 1921 lors d’une exposition organisée par André Breton, posant ainsi les bases
esthétiques du futur groupe surréaliste.
Dans le cadre des recherches de ce jeune mouvement, Max Ernst invente de nouvelles techniques picturales comme le frottage en 1925 : grâce à
ce procédé qui relève du hasard, il instaure une distance face à l’œuvre qui le conduit à se situer "au-delà de la peinture". De même, il invente en
1929 le roman-collage avec La Femme cent têtes, puis réalise des sculptures, des décors pour les Ballets russes.
Son œuvre occupe une part importante de l’exposition "Fantastic art, Dada and Surrealism" organis�e en 1936 a MoMA de New York, où
quarante-huit de ses tableaux sont présent�s. La Seconde Guerre mondiale le conduit à s’exiler aux Etats-Unis où il peint une série de toiles, notamment Le Surréalisme et la
peinture, de 1942, (titre faisant écho au célèbre ouvrage d’André Breton) pour laquelle il utilise la technique du "dripping". Un véritable manifeste de l’automatisme est ainsi proposé
à la jeune génération de peintres américains qui sera profondément marquée par ses innovations. Il épouse Peggy Guggenheim en 1942 puis, en 1946,
Dorothea Tanning, avec laquelle il s’installe en Arizona avant de revenir en France en 1953.
Ubu imerator - 1923
Acquise par Paul Eluard avec deux autres grandes huiles sur toile, Ubu Imperator marque d’emblée l’entrée de Max Ernst
dans le champ du Surréalisme. Cette œuvre illustre avec éclat la combinatoire d’éléments hétérogénes, héritée du collage Sa force est de produire une image unifiée, tout en
conservant la perturbation, introduite dans la vision, par chacun des éléments : pointe de la toupie, carcasse rouge où transparait une armature de fer, mains humaines exprimant
l’étonnement.
Ainsi se compose, dans le jeu et la dérision, l’image du Père Ubu, symbole grotesque de l’autorit� inventé par Alfred
Jarry. Plus encore, sous ce déguisement ressurgit l’enfance de Max Ernst, une vision de "demi-sommeil" selon les termes mêmes de sa description, dans laquelle les prestiges de
l’autorité paternelle ainsi que ceux de la création artistique sont désacralisés. Derrière la bouffonnerie du pouvoir désignée par la toupie Ubu, c’est aussi toute l’esthétique
traditionnelle – construction rationnelle et perspective géométrique - qui est tournée en ridicule.
Un an avant la parution du Manifeste du surréalisme, Ernst élabore non seulement la définition des voies formelles dans lesquelles il
s’engage - processus complexe d’alchimie visuelle où se superposent et se combinent des symboles résurgents de l’enfance - mais surtout le sens de sa propre attitude devant l’acte de
peindre, à la fois distanciée et ironique, qui commandera toute sa poétique.